5G Unleashed – Partie 1

Beaucoup d’enjeux se trament autour de la 5G et il est grand temps pour nous tous de la démystifier pour en comprendre les réelles portées stratégiques. A peine normalisée par le « forum » 3GPP dans sa version 15 SA (stand alone), la 5G est une priorité pour les opérateurs mais nourrit de plus en plus de fantasmes quant aux usages pressentis et aux orientations technologiques qu’elle doit prendre.

C'est quoi la 5G Unleashed : part 1

Au-delà des questions pratiques habituelles sur les équipementiers télécoms à choisir ou les modalités de déploiement efficace à adopter, se posent d’autres questions liées, elles, au business model et surtout, aux applications pratiques et à la valeur de cette mise à niveau technologiques. Et sur ce sujet, comme pour tout sujet naissant, chacun y va de sa propre hypothèse, pariant sur un avenir doré, dopé par de nouveaux usages tels que la smart city ou le véhicule autonome.

Mais, si les opportunités à venir sont probablement multiples, elles ne donnent pas aujourd’hui une visibilité claire sur les dates de mises à disposition des réseaux en France, ceux-ci comptent actuellement plus de 15.000 sites radio 4G et vont devoir être doublés dans le cadre de la densification imposée par le déploiement de la 5G, un véritable challenge technique et économique pour les opérateurs.

Décryptage.

 

La 5G, c’est quoi ?

Dans les allées du Mobile World Congress de Barcelone, on ne parle plus que de cela, mais soyons pragmatiques : la 5G, c’est tout d’abord une évolution technologique portée par les constructeurs, dont le business model impose la mise en place régulière de nouveaux équipements pour garantir des revenus et une forme de récurrence à long terme – en témoignent les premières discussions autour de la 6G (!), qui ont déjà été lancées début 2018.

La 5G promet une augmentation significative de la bande passante disponible entre un terminal mobile et un réseau de contenus hébergés dans des Datacenters Cloud : en effet, grâce à la 5G, les débits passeront de 20 Mbps pointe à 100 Mbps garantis, avec la promesse d’atteindre un maximum de 1 Gbps (Gigabit/seconde), soit des capacités de transferts de données en nette hausse en rapport à la 4G et ce, dès l’horizon 2022.

De nouvelles fréquences du spectre hertzien deviennent désormais exploitables, car la technologie utilise les transferts multi-bandes parallélisés. On ajoutera aux traditionnels LTE 800 (B20), 1800(B3), 2600(B7) les longueurs d’ondes à 700 Mhz et 3,5 Ghz qui élargissent la couverture et le transfert de données. Les fréquences basses (<1 Ghz) permettent une meilleure pénétration au cœur des bâtiments et garantissent des portées plus importantes pour couvrir le territoire plus efficacement à moindres frais (idéal pour les opérateurs alternatifs).

 

 Quelles applications pour quelle évolution de la 5G ?

Ce gain de bande passante induit de nouveaux usages liés à la mobilité. Si tous n’ont pas le même intérêt (la 5G pour les réseaux de secours vs Netflix en super HD sur un mobile par exemple), de nouvelles sources de création de valeur sont désormais possibles, comme la collecte de données pour des marchés qualifiés de gisements de croissance : la smart city, Industrie 4.0, E-santé et tous les dérivés « smart » en général.  Et qui dit nouveaux usages, dit nouvelles opportunités pour les start-ups qui doivent se préoccuper rapidement de l’augmentation future des débits dans leurs roadmap de R&D (opportunité business, mais contraintes P&L).

Gageons que cela permette enfin d’envisager sérieusement de consacrer l’IoT autour d’un protocole universel à haut débit, là où, aujourd’hui, l’on doit miser sur LoRa, Sigfox, NB-IOT ou la 2G et prendre des paris risqués sur le potentiel vainqueur que les évolutions techniques et financières n’épargneront pas dans le temps.

Clairement, le standard des opérateurs de demain sera la 5G, qu’elle soit publique ou déployée sous forme de réseaux privés pour des collectivités par exemple. Car il est évident que si tout le monde parle dans les mêmes conditions, des déploiements seront nativement inter-opérables (donc plus efficients) et cela ouvrira la porte à des marchés publics réalistes (et non pas des sommes d’expérimentations qui aboutissent rarement, faute de pérennité technique et financière).

Ces nouveaux débits vont aussi permettre de consacrer de nouvelles applications gourmandes en données, comme les véhicules autonomes et de communiquer en temps réel. Il faudra cependant attendre le passage à la version 16 de la 5G : la version actuelle ne dispose pas de toutes les fonctionnalités adaptées.

Cependant, les investissements liés à la mise à jour des infrastructures de transmissions permettant ces nouveaux usages s’annoncent déjà en dizaines de milliards d’euros : il faudra donc être très créatif pour garantir un ROI aux opérateurs sans se faire vampiriser dans la seconde par les GAFAM – la fin de l’illimité et le retour de la tarification au transfert de données en Go/Mois comme à la fin des années 90 n’est plus si loin …

 

Les problématiques soulevées par la 5G restent multiples

D’un point de vue purement technique, deux écueils majeurs peuvent être soulevés. Tout d’abord, les fréquences à réutiliser ainsi que les nouvelles mises à disposition dans le cadre de ces déploiements peuvent engendrer des perturbations radio (l’agrégation des sessions sont dans l’équipement terminal), sans parler de la complexité de mise en œuvre et du nombre d’opérateurs présents sur le terrain … Le smog hertzien ne va pas gagner en légèreté (ce qui est plutôt ironique : c’est l’une des premières promesses de la 6G !).

Surtout que, si les fréquences 5G permettront de meilleures vitesses de transfert, leur portée en sera plus limitée, obligeant à multiplier au moins par deux les stations de bases pour couvrir un même périmètre à haut débit, avec en ville, toutes les oppositions de principe que l’on sait imaginer (apprentis physiciens, associations type Robins des toits, syndic de copropriété, les ennemis jurés du Linky et consors).

D’un point de vue purement matériel, de nouveaux équipements chez les constructeurs doivent être imaginés pour agréger les sites BTS et « micro-cell » à base d’interconnexions 1/10 et 100G, tout comme les batteries des terminaux qui doivent être adaptés et les tours hébergeant les antennes fibrées et dimensionnées électriquement : autant de nombreux chantiers pour la sous-traitance qu’il faudra coordonner avec efficacité.

Attention cependant car la version finale de la 5G n’est prévue qu’en décembre 2019. Tous les tests érigés avant 2020 le sont donc à des fins de validation en recherche et développement et montrent uniquement une tendance : ils ne sont pas à considérer comme des phases pilotes réelles mais comme de la pré-production.

Toutes ces considérations mises en avant par un marché en quête de renouveau masquent cependant l’essentiel. En effet, une tempête dans le monde des télécommunications se profile à l’horizon : la 5G, c’est surtout l’occasion d’assurer une bascule immédiate entre technologies cuivre (xDSL) vers le mobile et la fibre et d’arriver, enfin, à une reconfiguration majeure au travers d’une consolidation attendue. Par les investissements et la couverture en fibre qu’elle nécessite, la 5G est un marché dédié aux gros : les acteurs alternatifs vont devoir faire des choix structurants dans les années à venir.

 

La 5G, moteur du développement durable ?

Certains pourraient croire que l’affirmation est plus qu’osée, surtout si les antennes relais doivent être démultipliées pour cause de moindre portée. Cependant trois grands pans de l’écologie n’y trouvent que des avantages : la consommation d’énergie, la consommation des fluides et la pollution. Déjà parce que les devices équipés en 5G consommeront en valeur absolue moins d’énergie.

Ensuite parce que la simplification de la collecte de données lancera l’ère du déploiement massif de l’IoT et permettra d’optimiser en priorités les projets de pilotage des énergies et des fluides (optimisation, régulation, performance).

Enfin, parce que le travail en mobilité (déplacement à convenance ou home office sécurisé) pourra pleinement se développer, engendrant des baisses significatives de pollution automobile, permettant par la même occasion de contribuer à proposer des alternatives viables aux problèmes insolubles de transports de multiples métropoles, non pas par de nouvelles méthodes mais par une meilleure modulation (optimiser et densifier les usages de voirie, c’est augmenter la capacité sans investir un centime de capex).

 

La 5G : tout rester à imaginer (Iot, big data,…)

La précédente révolution dans les télécommunications aura rassemblé les opérateurs fixes et mobiles au travers d’offres triple play, convergence et autre mobilité. Dans un monde software defined piloté par les opérateurs, une consolidation plus large risque de s’ouvrir avec une reconfiguration en profondeur des différents acteurs de l’économie.

Le business model de la 5G pose la question de la mutualisation des réseaux et de la consolidation des positions de marché chez les plus gros opérateurs, alors même qu’ils n’ont aucune garantie d’un retour sur investissement à court ou moyen terme.

Les annonces sont prometteuses et le potentiel absolument formidable, mais tout reste à imaginer. Les usages sont la clé et les business models multiples, par l’annonce même de la transformation des métiers en lien direct avec l’IoT et le Big Data.

Quels seront les usages réels qui définiront leur business model propre ?

 

5G Unleashed – Partie 1

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